Marathons Tunisiens

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Le Livre d'Or MDO 2011

Lever les yeux au ciel empli d’une encre noire, des milliards d’étoiles scintillent encore.
Chercher la sienne dans l’immensité de l’univers. Ici Cassiopée vous devine, pénètre votre imagination et donne un sens à votre vie.
En paix avec vous-mêmes, vous obtenez là ce que vous êtes venus chercher.
Puis le soleil point à l’horizon, l’aube s’enflamme, la lumière se ravive, le sable fin prend les couleurs du feu : jaune, orange, ocre rouge, fabuleux.

Chaque matin, s'éveiller en un point différent du vaste désert. Sortir de sa tente et se trouver dans la splendeur du matin vierge : détendre ses bras, s'étirer demi-nu dans l'air froid et pur. Sur le sable, enrouler son turban et s'y draper. Se griser d'espace. Connaître, au réveil, l'insouciante ivresse de seulement respirer, de seulement vivre...» (1).

Au milieu de nulle part, en plein désert saharien, perdu dans les dunes, le camp s’agite peu à peu.
Autour du feu ravivé, les participants de la septième édition du marathon des oasis s’ébranlent, se dégourdissent, s’agglutinent pour le petit déjeuner.
Les muscles, les jambes, les pieds sollicités, meurtris depuis trois jours font encore souffrir.
L’épreuve bascule aujourd’hui dans sa seconde moitié, la quatrième des six étapes concoctées par l’organisation.
L’autoroute de sable emmène le peloton d’oasis en oasis et il se laisse aller. Un voyage peu commun, exceptionnel, entre dépassement de soi et féérie, chargé d’efforts, d’émotions indicibles, à la découverte d’un autre, à la découverte de l’autre.
« Voir la vie des autochtones, l'immensité saharienne... ça ne peut laisser personne indifférent.
L'homme ne s'incline que lorsqu'il rencontre ce qui le surpasse... Et c'est bien ce qui lui arrive dans le Sahara »(2).

L’organisation Carthago est parfaitement rôdée. L’équipe est depuis sept ans, stable, unie, complémentaire, polyvalente et maitrise parfaitement le sujet.
Aucun grain de sable aussi fin soit-il n’enraye la jolie mécanique reconduite chaque année.
L’instigateur du marathon est tunisien et vit à Paris. Cultivé, passionné par les deux pays, Azdine Ben Yacoub orchestre avec talent l’organisation de l’épreuve qu’il a lui-même créée.
Sa gouaille, son verbe, son sens du troc, ses qualités en relations humaines, ses connaissances lui ouvrent les portes du désert, offrent à la caravane qui passe la clé des villes, l’eau désaltérante des oasis.
La population locale prend part à l’événement, acclame, applaudit, chante, danse et inévitablement sourit à ses hôtes.
La télévision se saisit du sujet. Les notables déroulent à chaque arrivée sous les pas des coureurs en transit les plus beaux tapis orientaux.
L’épreuve ne se limite pas aux courses pédestres quotidiennes. Azdine est citoyen du monde. Aucune frontière quelle qu’elle soit ne saurait barrer le passage de son imagination.
Aucune d’ailleurs, nulle part, ne se justifie. Babel n’aurait jamais du exister.
En une traversée du désert, de Tozeur à Djerba, Azdine propose aux participants du marathon des oasis une pénétration totale dans la culture tunisienne, un partage, une découverte, un mélange.
Il emmène les coureurs chez l’habitant, au cœur des villas privées, déjeuner sous les tentes des nomades berbères, diner au clair de lune dans la palmeraie, ou se délasser dans les plus beaux hôtels.
Il les initie à la culture, aux saveurs culinaires, au dessous des souks, à la musique, aux danses, aux chants. Le rythme des darboukas, des tabls, la lancinance des guitas, des mezoueds résonnent encore.
Aucune prestation touristique ne pourrait mieux faire. Six jours d’immersion totale. L’Européen qui a pu vivre ce bain y a laissé ses ennuis, son stress.
Il est rentré chez lui repu, comblé, la tête pleine d’images et de sens, heureux, vidé et rechargé.
Les jambes sont certes un peu lourdes mais le cœur est si léger. Comment oublier ce qui l’a tant marqué ?
Les émotions ne pourront être retranscrites, elles ne peuvent se raconter.
Il faut les avoir vécues pour se rendre vraiment compte de leur richesse, de leur apport, de leur impact.

Trente cinq coureurs seulement auront cette année foulé le sable fin des dunes en courant. Une autre dizaine s’était inscrite à la randonnée, parallèlement proposée.
Habituellement, l’épreuve en aligne une bonne centaine. Les événements du printemps arabe dernier, les manifestations du 14 janvier, le soulèvement de la jeunesse encline à la mise en vigueur de valeurs démocratiques ont défrayé la chronique, effrayé le manant. L’intégrisme islamique inexistant en Tunisie fait pourtant peur.
Les médias ont diabolisé l’affaire et le tourisme boude aujourd’hui un pays qui vit beaucoup grâce à son apport.
Dommage. Parce que rien ne justifie cette retenue. Pas le moindre soupçon d’insécurité n’est à déplorer.
Les participants qui ont su faire fi des pièges médiatiques ont eu grandement raison, ils se sont ainsi retrouvés en plus petit comité. Une chance.
D’origines diverses, Parisiens, Franciliens, Bretons, Normands, Lyonnais, Toulousains, Bourguignons, Languedociens, Belges, Marocains, Camerounais, Tunisiens ont ainsi communié, tout partagé, se sont ouverts, découverts.
La caravane a beaucoup couru, ou simplement marché. L’éclectisme du groupe fut source de richesse. Avec la bonne ambiance, l’osmose prit. Une équipe pour un seul esprit.

Le marathon des Oasis se déroule toujours courant novembre, en six étapes, de Tozeur à Djerba.
A chaque course, chaque jour, la population locale est invitée et bon nombre de jeunes défient les marathoniens inscrits à l’ensemble de l’épreuve.
L’organisation se veut aussi humanitaire, délivre et distribue bon nombre de tee-shirts, de médailles, de chaussures remises par l’association African Run (Association chargée de la collecte des chaussures de course usagées).
Après un prologue de treize kilomètres dans la palmeraie du Jérid tunisien, l’affaire se corse plus singulièrement dès la seconde étape avec un semi proposé le long de l’Ongh Djemel, sans évidemment gratter le moindre centimètre carré de bitume.

Un départ donné depuis les décors de cinéma de « la guerre des étoiles », un tracé sur une piste désertique, sur une étendue de pierres, de sable et de sel située bien au dessous du niveau de la mer.
Au loin, plus loin, l’eau apparait comme un mirage. Lorsque la course se déroule le matin, l’autre demi-journée est réservée à l’imprégnation dans la culture tunisienne, aux visites, aux invitations, aux liaisons effectuées en 4x4 jusqu’à l’oasis suivant. Dès lors, les étapes s’enchainent et s’avèrent de plus en plus longues, de plus en plus difficiles.

La troisième et la quatrième étape, respectives de dix huit et vingt-cinq kilomètres, de Douz à Khar Ghilane, pénètrent au cœur du désert, au milieu de nulle part, isolent les coureurs au milieu des dunes. Un bivouac perdu. Du sable fin à perte de vue et, parfois, un azimut lointain en guise de fléchage de parcours. Les guêtres sont alors de mise et l’effort pour se dépêtrer du sable est conséquent.
Il fait chaud et chaque chaussure ne trouve guère son appui. « Ce qui sauve, c’est de faire un pas, encore un pas.
C’est toujours le même pas que l’on recommence »(3). Un dromadaire est passé là, le coureur poursuit sa trace.
Il n’est pas évident de progresser efficacement. Le sol est certes plus ferme au pied des dunes mais serpenter entre les monticules rallonge considérablement la ligne d’arrivée enfin salvatrice.
« Ce qui embellit le désert c'est qu'il cache un puits quelque part »(4). L’erg sablonneux laisse place le cinquième jour au reg rocailleux.
La cinquième étape est encore plus belle, comme si ce fut encore possible.
Elle parcourt et gravit des canyons sculptés par l’eau et le temps, elle achemine la caravane à Douiret, petit village composé d’habitations troglodytes, si haut, si beau.
Puis, du décor de montagne, la caravane gagne finalement, entre terre, ciel et mer, l’île douce de Djerba.
Les oliveraies de Mellita, le village natale d’Azdine, servent de cadre à la dernière course de dix huit kilomètres.
Sur la ligne d’arrivée, l’ambiance est alors à son paroxysme. Chants, danses et musique traditionnelle sont devenues coutume. « Amanamanama ».
L’animateur-organisateur exulte. La foule en liesse envahit la rue, les trottoirs, les terrasses. Les dromadaires ont revêtu leur plus bel apparat. Un millier d’enfants est là, qui sourit. Le marathon est terminé.

Chaque concurrent a donné le meilleur de lui-même, s’est défendu, s’est démené pour préserver sa place, gagner son classement. Chacun a couru, ou marché, avec ses possibilités, son talent, sa volonté. Pour l’exemple, la Lyonnaise Sylvie Ojeda, souffrante de fibromyalgie, est venue se prouver à elle-même, courageusement, qu’elle était toujours capable de se dépasser et que la vie est toujours aussi belle. Et que penser de Salah Cinaour ? Le jeune athlète marocain originaire d’Agadir a, à vingt-trois ans, surclassé l’épreuve, remporté les six étapes, devançant chaque jour les délégations locales. Il relègue au classement général final les Tunisiens Jalel Somrani et Ali Ben Youssef à plus d’une heure. Légèreté, amplitude de la foulée, Salah fait sans doute partie des meilleurs athlètes du monde. Et son talent n’a d’égal que sa gentillesse, sa disponibilité, son amour pour les autres. Il serait sensé qu’il puisse trouver un partenaire, un sponsor, qui lui donne les moyens de s’exprimer bien au-delà de ses frontières. Amoureux de la montagne et spécialiste de ses trails, aura-t-il un jour l’occasion de courir l’UTMB pour montrer au monde qui il est ?

Le marathon des oasis est vraiment une épreuve peu commune.
La course reste le fil directeur, certes, mais aussi un fabuleux prétexte pour découvrir les autres, la Tunisie.
« Il n’est qu’un luxe véritable, c’est celui des relations humaines »(5). Azdine Ben Yacoub et son association Carthago organisent et reconduisent chaque année trois manifestations du genre : le semi marathon de Djerba en avril, le marathon des oasis en novembre et, fin décembre, pour le réveillon du 31, un trail évasion à Tataouine, sur trois jours.
Les inscriptions pour cette fin d’année ne sont pas closes. Les vols de la compagnie Tunisair remerciée pour sa participation ne sont pas encore complets.
Il vous appartient d’y songer. Je rêve d’en être. On ne rentre pas de chez Azdine comme on en est parti. Trêve de salamalecs. Rendez-vous vous est donné, n’en rêvons plus, faisons-le. Inch’Allah.

Brice de Singo

 


Bonjour Azdine, et à vous tous.

 

Vous nous avez comblé grâce à votre professionnalisme d’organisateur et surtout grâce à l’esprit de votre équipe, à vos qualités humaines, à votre soucis de coopération franco tunisienne et d’entraide à la population locale.

Vous avez fait de cette course par étape une semaine de rêve ou nous avons pu nous dépasser pour la performance dans un esprit de saine compétition mais aussi nouer des relations amicales aussi improbables que variées et enrichissantes. C’était presque aussi émouvant que « rendez vous en terre inconnue ».

J’ai retrouvé le brouillard et le froid de la Normandie, et le travail aussi que j’avais si bien oublié grâce à vous.

Je n’ai qu’une envie c’est de revenir l’année prochaine. Je serai bien revenu dès fin décembre à Tataouine mais je dois travailler le 31 décembre !

Merci à vous tous, à votre équipe, et à vos correspondants tunisiens (je pense en particulier à Amram).

J’espère que les quelques photos laissées à Philippe dans l’avion pourrons vous plaire (voir pièce jointe en bonus : un repos bien mérité !).

Amicalement

François

 


 

Cher Azdine,

Sommes bien rentrés fatigués dans notre Bretagne

organisation irréprochable, bénévoles admirables, locaux très affables, aventure formidable, spectacle indéfinissable !

Sportivement vôtres

Ils ont des chapeaux ronds, vive la Bretagne, kenavo

Annie et Alain mainnnnguéné

A propos d'Azdine

Nom : Azdine Ben Yacoub
Fonctions : Le Boss - Organisation, gestion des relations avec les autorités et les acteurs locaux.
Signes particuliers : Aller vers l’autre est sa seconde nature. Ce passionné de sport est amoureux de la France et de sa Tunisie natale. Cette double culture est sa grande richesse et décuple ses forces. Lire la Suite

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